Samedi 14 février 2009
Quand Kocobé et Rominet décident d'aller au Cinéma ensemble, ça donne des expériences bizarres. On a décidé de faire de l'échangisme avec nos blogs, en espérant que ça te plaira, toi, lecteur pré
ou post-pubère.
--« La vieillesse est un naufrage »
Charles de Gaulle.
Une vieille dame sur son lit de mort qui s’apprête à dévoiler sa vie à sa fille par le biais d’un vieux livre aux pages suries dans un écrin de cuir. Personnellement, les premières minutes du film m’ont rappelé Big Fish. Mais ici, ce n’est pas un Burton qui nous attend, c’est le dernier fait d’arme de David Fincher. Et pour moi, David Fincher, c’est Fight Club. Bon c’est aussi Zodiac, Seven, Alien 3 (sic), mais c’est Fight Club.
Quel rapport avec Big Fish, que tu te demandes avec des yeux de Bambi stupéfait ? Ben tout simplement le fait que si ce sont deux fruits qui viennent du même arbre, je n’aurai probablement pas perdu ma soirée.
L’histoire, vue sous un angle gentil et espiègle, est celle d’un bébé qui naît affublé d’une laideur qui ferait pâlir Pinhead de Hellraiser. En grandissant, ce bébé se transforme en Brad Pitt. Préparez les serpillières et le papier Sopalin, ça va mouiller sec dans les culottes.
Passons maintenant à l’histoire vue sous un angle plus intellectuel et plus analytique. Benjamin Button naît donc, on l’a dit (de façon espiègle je le rappelle), naît sous une étrange étoile puisqu’il prend directement quatre-vingts ans et de la polyarthrite au compteur. Alors que son pronostic vital est illico engagé, il berne tout le monde en survivant, et a fortiori, en rajeunissant. Ainsi commence l’étrange histoire de Benjamin Button (comme quoi les titres font quelquefois l’objet d’un choix remarquablement étudié), une vie à rebrousse-temps faite de rencontres, d’événements, de rebondissements qui prendront une signification toute particulière.
C’est d’abord l’histoire d’un homme qui vit avec pour seul compagnon fidèle la Grande faucheuse, sa mère adoptive étant la gérante d’un hospice. Au fil d’éphémères rencontres avec des hommes et des femmes arrivés au bout du chemin, le petit Benjamin va très vite se rendre compte du sort qui le frappe ; sa vie ne sera faite que de croisements fugaces avec la destinée des autres, excluant d’emblée un cheminement avec d’autres. Toujours seul sur le chemin, à regarder le monde passer, sans jamais pouvoir se retourner.
Le défi qui incombe à Benjamin est donc de se construire des points d’attache, pour essayer de ralentir sinon stopper sa lente mais inéluctable progression paradoxale. Le personnage de Daisy, incarné par Cate Blanchett, constituera l’un des plus fondamentaux. C’est aussi le point de départ d’un amour que le temps va petit à petit étirer jusqu’à en révéler le point de fracture.
On pourrait encore en dire tant et plus sur la portée du film, mais contentons-nous d’en retenir, d’une manière outrageusement synthétique hélas, que Fincher nous présente ce grand mystère qu’est la vie comme une tragédie, un tout qui toutefois dans son insaisissable nature ne paraît rien. Mais surtout, ce n’est pas la fin ni le début de cette vie qui importent. Ce sont les trésors qu’elle emprisonne dans ses sédiments, comme autant de fossiles qui fascinent et fascineront encore les archéologues de la pensée.
Quid de l’habillage du film ? On ne va pas faire de doléances quant à la distribution ; Brad Pitt est à Fincher ce que Di Caprio est à Scorsese, et on commence à y être joyeusement habitués. Le couple Blanchett/Pitt fonctionne lui aussi très bien. Pour le reste, on retrouve sans peine la patte de Fincher avec une réalisation mesurée et tout ce qu’il y a de plus correcte.
Alors, bien ou pas ? Scindons si vous le voulez bien la conclusion au risque de passer pour un gros sexiste. Mais je vous répète, tout ceci n’est qu’espièglerie et galéjade.
Si tu es une jeune fille sentimentale tu iras voir ce film quand je te dirai : grâce aux progrès dans l’industrie du cinéma ils ont exhumé le Brad Pitt de Thelma et Louise. Et tu me diras en retour combien d’orgasmes tu as eus pendant la séance (et en plus de deux heures trente, ça risque d’être bien).
Si en revanche tu es un noble représentant de la horde masculine, tu iras voir ce film parce que je te dirai que c’est David Fincher. Je te répondrai sans hésitation que tu es bien candide pour te laisser berner par un aussi piètre argument d’autorité. Mais quand je te dirai que c’est une vraie réflexion comme on les aime, que ce n’est pas un lépreux qui tient la caméra, tu n’auras d’autre choix que de m’écouter.
L’Etrange Histoire de Benjamin Button, en résumé de la recette, n’est pas le meilleur Fincher certes, mais il n’est pas loin de tenir le haut du pavé. Allez, on dira juste que c’est parfois un peu long, et que Tyler Durden manque terriblement, mais personne n’est parfait.
